Habitudes

Faim émotionnelle : la reconnaître et l'apaiser en 7 étapes

Faim émotionnelle : comment la distinguer de la vraie faim, pourquoi le stress et l'ennui la déclenchent et 7 étapes pour l'apaiser sans culpabilité.

Team eatamame•9 min de lecture
En bref

La faim émotionnelle, c'est l'envie de manger qui vient du stress, de l'ennui, de la fatigue ou de la tristesse, pas d'un besoin de ton corps : elle arrive d'un coup et réclame un aliment précis, souvent sucré ou salé. Pour l'apaiser, fais une pause de quelques minutes et demande-toi de quelle faim il s'agit, choisis une alternative adaptée à l'émotion et ne saute pas de repas : les régimes trop stricts la renforcent.

C'est quoi, la faim émotionnelle ?

La faim émotionnelle, c'est l'envie de manger qui arrive quand ton corps n'a pas besoin de nourriture, mais que ta tête cherche du réconfort : après une journée stressante, par ennui, par fatigue ou par tristesse. Les chercheurs la définissent comme la tendance à manger en réponse aux émotions négatives, en choisissant surtout des aliments très caloriques et très appétissants1.

De temps en temps, ça arrive à beaucoup de monde, et ce n'est pas grave2. Le problème commence quand ça devient ta façon principale de gérer tes émotions : les études qui suivent des adultes dans le temps montrent que les personnes qui ont tendance à manger leurs émotions ont plus de risques de prendre du poids1.

La bonne nouvelle : pas besoin d'une volonté de fer. Il faut surtout la reconnaître et avoir quelques alternatives sous la main.

Vraie faim ou faim émotionnelle : les différences

La première étape, c'est de savoir quel type de faim tu ressens. Voici les signes les plus utiles2 :

Faim physique Faim émotionnelle
Comment elle arrive Elle monte doucement, petit à petit D'un coup, avec urgence
Ce qu'elle réclame Presque n'importe quel aliment convient Un aliment précis : chocolat, chips, glace
Quand tu t'arrêtes Quand tu as assez mangé Souvent au-delà de la satiété
Après Satisfaction Souvent de la culpabilité

Si tu te reconnais surtout dans la colonne de droite, ce n'est probablement pas ton estomac qui réclame.

Pourquoi ça arrive

Le stress modifie l'appétit

Quand le stress dure, le corps produit plus de cortisol, une hormone qui augmente l'appétit et l'envie de manger. Le stress pousse aussi vers des aliments riches en gras et en sucre, qui semblent apaiser sur le moment3.

Dans une étude en laboratoire menée auprès de 59 femmes, celles qui avaient la plus forte réponse de cortisol au stress ont mangé plus de calories le jour stressant et plus d'aliments sucrés que les autres4.

Les régimes trop stricts l'entretiennent

Ça paraît paradoxal, mais trop se restreindre est l'un des facteurs les plus liés à la faim émotionnelle25. Les recherches sur les régimes restrictifs ont observé davantage de pensées tournées vers la nourriture, des réactions émotionnelles plus fortes et plus de crises de fringale quand la nourriture redevient disponible6.

C'est pour ça qu'apprendre à gérer ses émotions aide souvent plus qu'un régime encore plus strict5.

Sommeil, ennui et habitude

  • Manque de sommeil : dans une petite étude sur 12 jeunes hommes en bonne santé, deux jours de sommeil réduit ont augmenté la faim et l'appétit, surtout pour les aliments très caloriques7. Peu dormir et manger ses émotions semble une combinaison particulièrement liée à la prise de poids1.
  • Ennui : manger occupe le temps et donne quelque chose à faire2.
  • Habitude : si pendant des années le canapé du soir est allé avec le grignotage, le canapé suffit à donner envie.

Comment apaiser la faim émotionnelle en 7 étapes

1Fais une pause et demande-toi de quelle faim il s'agit

Quand l'envie arrive, tu n'as pas à gagner une bataille : il suffit de gagner du temps. Attends quelques minutes, par exemple 10, et demande-toi si tu manges par faim ou à cause de ce que tu ressens2. Souvent, tu te rends compte que c'est de l'ennui ou de l'anxiété, et l'envie retombe.

Essaie ça : avant d'ouvrir le frigo, demande-toi : « Est-ce que j'ai faim, sommeil, du stress, ou est-ce que je m'ennuie ? » Si la réponse n'est pas « faim », choisis une des alternatives de l'étape 3.

2Mets un nom sur l'émotion

« Je stresse pour demain », « la journée a été dure » ou « je m'ennuie » : ce sont des phrases simples, mais elles changent beaucoup de choses. La faim émotionnelle vient souvent d'une difficulté à distinguer les émotions des signaux de faim15. Nommer ce que tu ressens t'aide à voir ce dont tu as vraiment besoin.

3Choisis une alternative adaptée à l'émotion

La nourriture apaise quelques minutes, mais l'émotion reste. Une réponse pensée pour cette émotion marche mieux. L'activité physique, la relaxation et le lien avec les personnes qui comptent pour toi font partie des stratégies qui aident à réduire le stress3 :

Si tu ressens… Essaie de…
Du stress ou de l'anxiété Marcher 10 minutes, respirer lentement, t'étirer
De l'ennui Changer de pièce, appeler quelqu'un, faire une activité manuelle
De la fatigue Te coucher plus tôt, prendre une douche chaude, boire une tisane
De la tristesse ou de la solitude Écrire à une personne proche, écouter de la musique, sortir prendre l'air
De la colère Bouger intensément quelques minutes, écrire ce que tu penses sur une feuille

Alternatives à la nourriture contre la faim émotionnelle : une tasse de tisane, un carnet et un crayon, un casque pour écouter de la musique, des baskets pour marcher et une plante

4Mange à heures régulières et ne saute pas de repas

Arriver le soir après avoir sauté le déjeuner, c'est avoir vraie faim et faim émotionnelle en même temps : le mélange le plus difficile à gérer. Trois vrais repas avec des protéines, des légumes et des féculents, plus un goûter si besoin, enlèvent de la force aux envies soudaines : ne pas attendre d'avoir trop faim est l'un des conseils les plus simples2. Pour des idées de repas rassasiants, lis le guide que manger le soir pour maigrir.

En-cas rassasiants : yaourt nature aux myrtilles, une pomme en quartiers avec quelques amandes, houmous avec bâtonnets de carotte et de concombre et un verre d'eau

5Ne t'interdis pas ce que tu aimes

S'interdire le chocolat le rend plus désirable, et quand le stress arrive on finit la tablette entière. Mieux vaut lui faire une place : une portion, dans une assiette, tranquillement et sans écran, en la savourant vraiment.

Manger en pleine conscience, c'est-à-dire lentement et en faisant attention au goût et à la satiété, fait partie des stratégies les plus étudiées : dans une revue de 14 études, les interventions de pleine conscience ont réduit la faim émotionnelle et les crises d'hyperphagie, alors que l'effet sur le poids était moins net8.

6Dors et bouge davantage

Ce sont deux moyens indirects, mais efficaces, de faire baisser le stress de fond. L'activité physique atténue certains effets négatifs du stress3, et bien dormir aide à garder la faim du lendemain sous contrôle7. Pas besoin de salle de sport : une marche après le dîner compte déjà.

7Tiens un journal des repas et des émotions

Pendant quelques semaines, note ce que tu manges, à quelle heure et comment tu te sens. Au bout de quelques jours, des schémas apparaissent : toujours le mardi soir, toujours après un appel difficile, toujours devant la télé. Garder une trace de ce qu'on mange est aussi l'une des habitudes les plus liées à la perte de poids9.

Avec eatamame, une photo ou une description du repas, même à la voix, suffit pour voir les calories et les macros estimés et le commentaire du bean. Ta série de jours t'aide à garder le rythme, et avoir tes repas enregistrés permet de repérer plus facilement quand la faim émotionnelle arrive. Pour commencer, voici comment compter les calories avec une photo.

Si c'est déjà arrivé : que faire ensuite

Ça arrive à tout le monde. Ce que tu fais après compte plus que l'épisode :

  • Pas de punition : sauter le repas suivant ou « compenser » avec une journée de jeûne relance le cycle.
  • Reviens à ton prochain repas normal, comme si de rien n'était.
  • Demande-toi ce qui s'est passé avant : ce que tu ressentais, l'heure, l'endroit. C'est une information utile, pas une faute.
  • Regarde la semaine, pas la soirée : un épisode ne change pas tes résultats, une habitude oui. Pour une approche sans privations drastiques, lis le guide pour maigrir sans régime.

Quand demander de l'aide

La faim émotionnelle occasionnelle n'est pas une maladie. Mais certains signes méritent ton attention, parce qu'ils peuvent indiquer une hyperphagie boulimique10 :

  • manger beaucoup en peu de temps sans pouvoir t'arrêter, même quand tu n'as plus faim ;
  • manger très vite, à l'écart des autres ou en cachette ;
  • ressentir de la tristesse, de la culpabilité, de la honte ou du dégoût après ;
  • si ça se produit régulièrement.

En France, la Haute Autorité de santé rappelle que ces troubles sont difficiles à repérer, parce qu'on en parle peu par honte ou culpabilité, et que l'hyperphagie boulimique toucherait 3 à 5 % de la population11. Si tu te reconnais dans ces signes, parles-en à ton médecin traitant : demander de l'aide tôt rend le chemin plus simple.

Les erreurs les plus fréquentes

  • Compter uniquement sur la volonté : changer ton environnement marche mieux, par exemple ne pas laisser les biscuits en vue.
  • Répondre par un régime plus strict : la restriction est l'un des moteurs de la faim émotionnelle6.
  • Sauter des repas pour « rattraper » : ça donne encore plus faim le soir.
  • Manger devant un écran : tu ne remarques ni la quantité ni le moment où tu as assez mangé.
  • Te juger pour un épisode : la culpabilité est souvent le point de départ du suivant.

Questions fréquentes

La faim émotionnelle fait-elle grossir ?

+

Elle peut, si elle devient une habitude : on choisit souvent des aliments très caloriques, et les études qui suivent des adultes dans le temps associent le fait de manger sous le coup des émotions à une prise de poids. Un épisode isolé ne compte pas : c'est la fréquence qui compte.

Pourquoi la faim émotionnelle arrive-t-elle surtout le soir ?

+

Le soir, la fatigue, le stress accumulé et le temps libre devant un écran s'additionnent. Si en plus tu as peu mangé dans la journée, la vraie faim se mélange à la faim émotionnelle. Des repas réguliers et un dîner complet aident beaucoup.

Comment arrêter le grignotage émotionnel ?

+

Commence par repérer quand il arrive (souvent le soir, devant un écran) et ce que tu ressens à ce moment-là. Ensuite, prépare une alternative pour ce moment précis et évite de garder les biscuits à portée de main : c'est plus efficace que de compter sur la volonté.

La faim émotionnelle est-elle un trouble alimentaire ?

+

Pas en soi : c'est un comportement très courant. Elle devient un signal à prendre au sérieux si tu manges de grandes quantités sans pouvoir t'arrêter, souvent en cachette et avec beaucoup de honte après. Dans ce cas, parles-en à ton médecin.

Peut-on faire disparaître complètement la faim émotionnelle ?

+

Manger de temps en temps pour se réconforter est normal et sans danger. Ça devient un problème quand c'est ta première ou ta seule façon de gérer le stress. L'objectif réaliste est d'avoir d'autres stratégies, pour que les épisodes deviennent plus rares et plus petits.

Sources

  1. Konttinen H – Emotional eating and obesity in adults: the role of depression, sleep and genes, Proceedings of the Nutrition Society (2020)
  2. Cleveland Clinic – Emotional Eating: What It Is and Tips to Manage It
  3. Harvard Health Publishing – Why stress causes people to overeat
  4. Epel E et al. – Stress may add bite to appetite in women: a laboratory study of stress-induced cortisol and eating behavior, Psychoneuroendocrinology (2001)
  5. van Strien T – Causes of emotional eating and matched treatment of obesity, Current Diabetes Reports (2018)
  6. Polivy J – Psychological consequences of food restriction, Journal of the American Dietetic Association (1996)
  7. Spiegel K et al. – Sleep curtailment is associated with increased hunger and appetite, Annals of Internal Medicine (2004)
  8. Katterman SN et al. – Mindfulness meditation as an intervention for binge eating, emotional eating, and weight loss: a systematic review, Eating Behaviors (2014)
  9. Burke LE et al. – Self-monitoring in weight loss: a systematic review, Journal of the American Dietetic Association (2011)
  10. NHS – Binge eating disorder: overview
  11. HAS – Boulimie et hyperphagie boulimique : des troubles silencieux qu'il faut repérer (2019)

Ce guide est fourni à titre d'information et ne remplace pas l'avis d'un médecin ou d'un professionnel de la nutrition. En cas de maladie, de grossesse ou de besoins particuliers, adresse-toi à un professionnel de santé.

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